Regard d'experts

« Alors, Tesla, durable ou pas durable ?! »

Le 28 mai 2021, Tesla a intégré l’indice S&P 500 ESG, faisant officiellement de l’entreprise un titre « durable » et permettant surtout à la marque d’augmenter sa valorisation et de devenir une position incontournable de nombre d’ETFs répliquant l’indice. Sur la question de la durabilité du titre, les avis divergent, avec d’un côté, les amoureux de la marque et, de l’autre, ses contempteurs. Au-delà de ce débat, qu’il est difficile de définitivement trancher, cet évènement met en lumière le thème des différences de vue parmi les agences de rating et fournisseurs de données ESG.

Les entreprises « disruptives » comme Amazon ou Tesla illustrent parfaitement cette absence de consensus. Résumons les arguments des deux parties. Les évaluations positives de Tesla vont mettre l’accent sur le E de l’ESG. Elles valorisent l’impact environnemental positif lié à l’électrification de ses voitures qui permet de réduire drastiquement les émissions carbone*. A l’inverse, sans pour autant éclipser les impacts environnementaux négatifs - comme l’utilisation intensive de matières rares pour les batteries -, les évaluations négatives critiquent les piliers S et G : une gouvernance difficile, un reporting ESG peu transparent, et une très mauvaise performance sociale (conditions de travail des employés, droits syndicaux, etc.) ponctuée par des controverses importantes.

* En moyenne, la Tesla Model 3 émet 91 grammes de CO2 par kilomètre, 65% moins qu’une berline allemande équivalente mais à essence.
 

Agence de ratingRating de Tesla (août 2021)Opinion ESG de l’agence de ratingPositionnement dans l’industrie
SustainalyticsHigh RiskRisques ESG importants et management considéré comme moyenParmi les plus mauvais scores ESG
MSCIAverage (catégorie supérieure)ESG Leader dans l’environnement ; mais quelques problèmes dans le domaine socialParmi les meilleurs scores ESG
ISS ESGAverageTesla génère essentiellement des impacts positifsLeader de l’industrie
S&P DJI ESG ScoreLaggardMauvaise gestion des enjeux ESG sauf en ce qui concerne l’impact carbone des produitsLaggard de l’industrie
InrateAverageTesla génère essentiellement des impacts qui vont de neutres à positifsParmi les meilleurs scores ESG

Derrière ces écarts, parfois conséquents, se dessinent des approches méthodologiques différentes. Alors que certaines agences choisissent de mesurer l’impact du produit et service sur l’environnement et la société (ici plutôt positif pour Tesla), d’autres se concentrent sur la gestion de la durabilité de l’entreprise et notent sa stratégie RSE, les programmes en place, les standards, etc. Les poids sur les piliers E, S ou G varient également.

L’importance actuelle du rating ESG

Le débat sur ces divergences d’analyse s’inscrit dans un contexte qui voit le rating ESG prendre une importance considérable comme outil de prise de décision d’investissement. Pour rappel, plus de 3'000 organisations financières totalisant plus de 103’000 milliards USD sont signataires des Principes pour l’Investissement Responsable des Nations Unies (PRI) et s’engagent à intégrer des critères ESG dans leur gestion. La demande en données et ratings ESG est donc croissante sur un marché qui compte aujourd’hui près de 125 fournisseurs spécialisés en données extra-financières. Les données ESG sont la matière première nécessaires à l’élaboration d’approches d’investissement socialement responsable (ISR), comme l’exclusion, le best-in-class, l’impact et le thématique. S’élèvent alors des voix parmi certains acteurs financiers dénonçant la « confusion » engendrée par ces divergences dans les ratings ESG et prônant, à l’instar des ratings de crédit financier, davantage de standardisation dans la manière d’évaluer la performance ESG d’un émetteur, entreprise ou gouvernement.

La responsabilité de l’investisseur est de rechercher le rating ESG en lien avec ses critères

Comme on l’a vu avec le cas Tesla, les raisons expliquant les divergences dans le rating final sont principalement d’ordre méthodologique*. C’est aux investisseurs, institutionnels et privés, que revient le rôle de comprendre comment travaillent les fournisseurs de données ESG et quelles méthodologies, derrière les ratings ESG, sont susceptibles de convenir le mieux à leurs valeurs et à leurs convictions ESG. Dans le cadre d’un fonds d’impact par exemple, les gérants s’intéresseront aux contributions positives et négatives des produits et services offerts par les titres du fonds plutôt que d’examiner comment les enjeux classiques de durabilité sont gérés (Tesla s’avère être ici un titre intéressant). Pour un investisseur sensible aux risques extra-financiers, a contrario, la gestion responsable des enjeux et des controverses sera privilégiée (Tesla ne se qualifiera pas facilement). Idéalement, les opinions ESG devraient être produites par les gérants eux-mêmes, sur la base des données primaires provenant des fournisseurs ESG, fruits d’un travail de recherche interne.

A la question - Tesla, durable ou pas durable ? -, une réponse de normand semble s’imposer : cela dépend de vos objectifs d’investissement ESG et de vos convictions !

* Voir cette étude à ce sujet, Aggregate Confusion : The Divergence of ESG Ratings, MIT Sloans School Working Paper 5822-19 : https://mitsloan.mit.edu/sustainability-initiative/aggregate-confusion-project

Auteur

Simon Perrin

Spécialiste Investissement Responsable

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