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Resserrement des primes de risque des entreprises depuis le 10 mars

L'Agefi, 17 mai 2016 - Mais les rendements ont évité la zone négative depuis l'annonce de la BCE.

Une des conséquences particulièrement visible depuis l'annonce du 10 mars du programme d'achat d'obligations d'entreprises par la BCE a été le resserrement des spreads de crédit du secteur. Le rendement à maturité et le spread de l'indice iBoxx Euro Corp ex-Financières ont tous deux diminué d'environ 35 bps. Avant le 10 mars, les rendements sur certains crédits de bonne qualité avec des maturités courtes se situaient déjà en territoire négatif ou tendaient vers 0%. Et vu la poursuite de la tendance à la baisse des rendements et des spreads, l'on pourrait imaginer qu'une proportion non négligeable de l'indice se traite à un niveau de rendement négatif.

En fait, en regardant l'iBoxx euro Corp IG de plus près, la proportion de titres négociée avec un rendement négatif est modeste sur la base du «prix de vente» et bien plus importante sur la base du «prix d'achat». Un peu moins de 23 milliards de dollars en valeur notionnelle dans le premier cas qui équivaut à environ 1.5% de l'indice et autour de 150 milliards de dollars dans le second cas, soit près de 10% de l'indice (source DB). Le «prix d'achat» est probablement une mesure plus pertinente dans la mesure où il correspond à la volonté des investisseurs d'acheter des obligations, même avec un rendement négatif. Est-ce que ces derniers tomberont beaucoup plus bas?

La vaste majorité des obligations de l'indice a un rendement supérieur à -0.2%. Dans la mesure où la BCE peut acheter des obligations avec des rendements aussi faibles que le taux de dépôt (-0.4%), une baisse supplémentaire de 20 bp reste une possibilité, mais peu probable. Actuellement, il semble que les niveaux de rendements et spreads corporates engendrent de la réticence à s'aventurer plus loin. La BCE favorise cette réticence en laissant entendre qu'elle ne privilégie pas de nouvelles réductions de ses taux, déjà en territoire négatif. Cela implique que les rendements des obligations d'entreprises auront du mal à briser de façon significative le 0% de rendement et que les investisseurs, pour le moment, doivent aller chercher du rendement plus loin sur la courbe de rendement et/ou plus bas en qualité de crédit.

Pour terminer du coté des nouvelles émissions, la semaine a à nouveau été très importante sur le primaire, avec plus de 41.6 milliards de dollars d'émissions sur le segment IG, soit la troisième semaine la plus active depuis le début de l'année. Sans surprise, l'attractivité des rendements européens a tôt fait d'appâter les émetteurs, tant domestiques qu'étrangers. En euro, nous pouvons mentionner Airbus, Johnson & Johnson, Eni, AXA, Royal Dutch Shell, Pernod Ricard, Kraft Heinz, Kellogg ou encore AstraZeneca. En dollars, AbbVie, Kraft Heinz, Intel, Mubadala, Chevron ou Goodyear sont à signaler. Soulignons encore 3 souches d'Eli Lilly en francs avec des coupons de 0%, 0.15% et 0.45% à 3 ans, 8 ans et 12 ans respectivement.   

Par Gianni Pugliese, Analyste Obligations, Mirabaud & Cie. Paru dans L'Agefi le 17 mai 2016.

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