De la hausse sans précédent du prix de l’or à l’influence croissante des banques centrales et à la dédollarisation, Marie Thibout examine les facteurs qui façonnent les perspectives du métal précieux et explique pourquoi Mirabaud reste positif à l’égard de l’or malgré la volatilité récente.
Découvrez son analyse dans l’entretien ci-dessous, initialement publié dans GEM-T Magazine, Autumn 2026, par GMT Publishing.
Le cours de l'or ces deux dernières années a connu une hausse inédite. Comment l'expliquez-vous?
Nous avons assisté en 2024 et 2025 à une très forte hausse de l'or. Fin 2023, son cours était d'environ 2000 dollars l'once. Il a culminé à plus de 5000 dollars l'once début 2026, un record historique. Un mouvement haussier de cette ampleur est assez rare. Ce prix était justifié par une triple demande. Physique : la demande des joailliers, des entreprises et des ménages. Celle-ci évolue fondamentalement assez peu historiquement. Financière ensuite : les investisseurs achètent de l'or principalement via des instruments financiers, appelés ETF, qui répliquent le prix de l'or. Puis la demande varie au gré des marchés. Et enfin la demande des banques centrales : celle-ci a explosé.
La demande financière a-t-elle participé à ce mouvement haussier?
Pas vraiment. Par nature, cette demande fluctue souvent : elle est très liée aux taux d'intérêt. Un lingot d'or conservé dans votre coffre ne génère aucun revenu : c'est un actif qui ne distribue pas de coupons ou de dividendes, comme peut le faire une action ou une obligation. Si les taux d'intérêt augmentent, la demande financière pour l'or diminue car les investisseurs préfèrent alors se tourner vers les obligations qui génèrent des revenus récurrents plus attractifs. Ce qui a vraiment changé la donne, c'est la demande des banques centrales : un phénomène très nouveau. La guerre en Ukraine a constitué un tournant. Les actifs russes ontété gelés. Cela a exacerbé, au sein des banques centrales des pays émergents, la prise de conscience d'un risque réel de gel des avoirs et des devises. Elles ont donc fait le choix de diversifier leurs actifs en dehors du dollar. L'or était une alternative qui répondait à une volonté de dédollarisation.
Comment explique-t-on la correction actuelle?
L'or reste un actif assez volatil. Son cours est actuellement retombé autour de 4000 dollars l'once. Les tensions au Moyen-Orient ont engendré une baisse des marchés financiers. Les devises émergentes ont souffert, ce qui a poussé les banques centrales de ces pays à vendre une partie de leur réserve d'or et entraîné une baisse de son cours.
Pourquoi l'or exerce-t-il un tel attrait?
L'or est un actif très liquide : on peut le revendre instantanément. Il est transmissible quel que soit le pays et il est considéré comme un actif international sûr. Il est dififcile de geler l'or, notamment physique, qui ne dépend pas du système financier mondial. D'autre part, l'or ne dépend pas non plus de l'évolution du cycle mondial, contrairement à d'autres métaux comme le cuivre ou l'argent, qui sont davantage soumis à la demande industrielle. L'or incarne véritablement ce qu'on appelle en terme économique une valeur refuge, c'est-à-dire un actif qui a conservé sa valeur à travers les siècles et qui en aura toujours. En ce qui nous concerne, nous restons positifs sur l'or. Nous avons même profité de la baisse actuelle de son cours pour renforcer nos positions dans certains portefeuilles. Nous continuons de penser que la baisse de l'or est temporaire et que les facteurs de soutien structurel, notamment celui des banques centrales, joueront en sa faveur. D'autant plus que les craintes liées à la dédollarisation, en raison du manque de prévisibilité de la politique américaine et de l'explosion du déficit américain, pourraient revenir au premier plan.

