Skip to main content

Prendre sa retraite à l'étranger : les principaux points d'attention

Chaque année, un nombre croissant de retraités choisissent de s'établir à l'étranger. Un tel projet, pour aboutir dans de bonnes conditions, requiert une préparation méthodique et coordonnée sur plusieurs plans.

Un climat plus favorable, un coût de la vie allégé ou le souhait de se rapprocher de sa famille figurent parmi les motivations les plus fréquentes d'une expatriation à la retraite. Ce projet ne se résume toutefois pas à un choix de destination : il engage une série de décisions financières, juridiques et administratives qui gagnent à être pensées ensemble, et suffisamment tôt. Les retraités qui réussissent le mieux cette transition sont, d’expérience, ceux qui abordent chaque volet comme les pièces d'un même dispositif, plutôt que comme des démarches isolées à traiter au fil de l'eau.

 

Le statut de résident se négocie avant le départ

 

Au sein de l'Union européenne et de l'AELE, la libre circulation des personnes offre un cadre relativement souple aux retraités suisses, sous réserve de disposer de moyens financiers suffisants et d'une couverture maladie adéquate. Ce droit de séjour, une fois accordé, se prolonge en principe tant que ces conditions demeurent remplies. Hors de ces zones, les conditions d'admission sont plus disparates : âge minimal, revenus garantis, dépôt bancaire local notamment. Les critères varient fortement d'un pays à l'autre et peuvent évoluer sans grand préavis, ce qui invite à une vérification régulière plutôt qu'à une hypothèse figée au moment de la décision.

Dans tous les cas, il est préférable de s'assurer de son droit de séjour avant d'engager des démarches irréversibles, comme la vente de sa résidence principale ou la résiliation d'un bail. Le transfert de biens mobiliers, de véhicules ou d'animaux obéit par ailleurs à des formalités douanières et sanitaires propres à chaque juridiction, qu'il vaut mieux anticiper plusieurs mois à l'avance afin d'éviter tout blocage au moment du déménagement effectif.

 

Prévoyance : anticiper le transfert, arbitrer le capital

 

La caisse de compensation AVS et la caisse de pension doivent être informées du changement de domicile dès que la décision est prise, afin d'éviter tout retard dans le versement des prestations. Ce n'est pas un simple détail administratif : un dossier transmis tardivement peut suspendre le versement d'une rente pendant plusieurs semaines, à un moment où les charges courantes, elles, ne s'interrompent pas. Selon la destination choisie, il peut rester possible de combler une éventuelle lacune de cotisation par une assurance facultative, sous réserve d'avoir été assuré en Suisse durant les années précédant le départ. Une option qui se ferme en revanche pour toute expatriation vers un pays de l'Union européenne, où la cotisation cesse définitivement.

Le choix entre rente et capital pour l'avoir de prévoyance constitue l'une des décisions les plus structurantes du projet, et l'une des plus difficiles à corriger après coup. Il doit être évalué non seulement à l'aune de la fiscalité à la source, mais aussi du traitement réservé à ce capital dans le pays de résidence, certaines juridictions pouvant l'imposer une seconde fois selon les termes, ou l'absence, d'une convention de double imposition. Le moment choisi pour ce retrait, avant ou après le transfert officiel de domicile, peut lui-même avoir une incidence significative sur le montant net perçu.

 

Assurance maladie : un choix rarement réversible

 

Le régime applicable dépend à la fois de la provenance de la rente et du pays d'installation : selon les cas, le maintien d'une assurance suisse s'impose, un choix existe entre assurance suisse et assurance locale, ou seule une solution locale ou internationale reste envisageable. Ce choix doit souvent être exercé dans un délai contraint suivant l'installation, et ne peut généralement plus être révisé par la suite, d'où l'intérêt de le clarifier en amont plutôt qu'une fois sur place, alors que les délais administratifs courent déjà.

Pour les destinations hors de l'espace européen, une assurance maladie internationale peut constituer une alternative, mais son accès dépend généralement d'un état de santé satisfaisant et d'une limite d'âge à la souscription : un critère qui, avec le temps, peut fermer progressivement certaines options si la démarche est différée trop longtemps.

 

Immobilier, placements et devises : penser le double changement

 

L'acquisition potentielle d'un bien à l'étranger obéit à des règles propres à chaque pays, parfois plus restrictives pour une résidence secondaire que pour une résidence principale. Les banques suisses financent par ailleurs rarement ce type d'achat, ce qui implique de disposer de fonds propres suffisants ou de recourir à un financement local, dont les conditions (taux, durée et apport exigé) diffèrent sensiblement des standards usuels.

Sur le plan des placements, la stratégie patrimoniale doit intégrer le changement de devise de référence : les dépenses courantes seront désormais réglées dans la monnaie du pays d'accueil, tandis qu'une partie significative du patrimoine reste, dans la plupart des cas, investie en francs suisses. Un passage progressif vers la devise cible, échelonné dans le temps plutôt qu'exécuté en une seule opération, permet de lisser le risque de change. Vers des destinations exposées à une plus forte volatilité monétaire ou à une instabilité politique et économique, il demeure en règle générale prudent de conserver une part substantielle du patrimoine en Suisse. Il est enfin utile de clarifier au préalable, auprès de son établissement bancaire, les conditions de maintien de la relation après un transfert de domicile à l'étranger, certaines banques appliquant des restrictions particulières dans ce cas de figure.

 

Fiscalité : clarifier le régime applicable avant de partir

 

Une expatriation définitive entraîne, dans la plupart des cas, l'imposition de l'ensemble du revenu et de la fortune dans le pays de résidence, les biens et activités commerciales restés en Suisse continuant néanmoins d'y être taxés. La Suisse prélève par ailleurs un impôt à la source sur les rentes de la caisse de pension et prestations en capital de prévoyance versées à l'étranger, dont le taux dépend du canton où se trouve le siège de la fondation de prévoyance, et non de l'ancien domicile suisse de la personne assurée. Un facteur qui peut, dans certaines limites, être anticipé et optimisé avant le retrait.

L'existence d'une convention de double imposition entre la Suisse et le pays de résidence permet, le cas échéant, d'éviter une taxation à double niveau sur un même revenu ou une même fortune, ou d'en obtenir la restitution partielle. En l'absence d'une telle convention, le risque d'une imposition cumulée est réel et doit être intégré au calcul de rentabilité globale du projet. Le régime fiscal différant fortement d'un pays à l'autre, tant dans son taux que dans son assiette, cette analyse doit précéder, et non suivre, la planification financière de l'expatriation, sous peine de découvrir après coup un résultat net sensiblement différents des attentes.

 

Succession, soins de longue durée et retour en Suisse

 

Le droit applicable à la succession, l'autorité compétente et le niveau de l'impôt successoral varient sensiblement selon les pays. Il demeure toutefois souvent possible de soumettre sa succession au droit suisse plutôt qu'à celui du pays de résidence, à condition que cela soit expressément prévu dans les dispositions testamentaires. Une clarification à effectuer avant le départ, et non à l'occasion d'un différend ultérieur. La Suisse exonère par ailleurs largement les conjoints et, dans de nombreux cantons, les descendants directs, un traitement que peu de pays d'accueil offrent dans les mêmes proportions.

Il est également utile de clarifier, avant le départ, l'accès à des structures de soins en cas de besoin futur : les standards et les modalités d'admission à l'étranger ne répondent pas toujours aux attentes des expatriés suisses, et certains établissements en Suisse appliquent des délais d'inscription qu'il vaut mieux connaître par anticipation plutôt qu'en situation d'urgence.

Un problème de santé, le décès du conjoint ou des difficultés d'adaptation figurent parmi les motifs les plus fréquents de retour en Suisse. Certains retraités optent d'ailleurs pour une solution intermédiaire, ne passer que les mois d'hiver à l'étranger, tout en conservant leur domicile fiscal et administratif en Suisse, plus coûteuse sur la durée, mais réversible à tout moment et sans les implications fiscales et de prévoyance d'une expatriation définitive.

 

Une démarche à engager tôt, et de manière coordonnée

 

Aucun de ces éléments ne se traite véritablement de façon isolée : le choix du pays conditionne le régime d'assurance maladie, le régime d'assurance maladie influence le calendrier de retrait du capital de prévoyance, et ce calendrier a lui-même une incidence directe sur la charge fiscale finale. C'est cette interdépendance, plus que la complexité de chaque démarche prise séparément, qui justifie d'engager la réflexion suffisamment en amont, généralement un à deux ans avant le départ envisagé, et de séjourner à plusieurs reprises, à différentes saisons, dans le pays visé avant toute décision définitive.

La réussite d'une expatriation à la retraite repose rarement sur une décision isolée, mais sur la cohérence entre prévoyance, fiscalité, couverture d'assurance et planification successorale. Un accompagnement personnalisé, engagé suffisamment en amont, permet d'anticiper ces différents volets de manière coordonnée et d'éviter les arbitrages pris dans l'urgence, souvent les plus coûteux.

Information importante

Cette publication est préparée par Mirabaud. Elle n’a pas vocation être à distribuée, diffusée, publiée ou utilisée dans une juridiction où une telle distribution, diffusion, publication ou utilisation serait interdite. Elle ne s’adresse pas aux personnes ou entités auxquelles il serait illégal d’adresser une telle publication.
Lire plus

Login