Rigueur monétaire, largesses fiscales
Les banques centrales des pays développés ont adopté un ton sensiblement plus restrictif depuis la fin du mois d’août, dans un contexte marqué par l’enlisement du conflit entre l’Iran et les États-Unis et par la remontée des prix du pétrole et de ses dérivés. Certes, ces pressions inflationnistes continuent de provenir principalement de chocs d’offre. Toutefois, après le Covid-19, la guerre en Ukraine et désormais les tensions au Moyen-Orient, les banquiers centraux ne peuvent plus systématiquement ignorer des niveaux d’inflation qui demeurent durablement supérieurs à leur objectif. La préservation de leur crédibilité en matière de stabilité des prix reste un enjeu majeur, alors même que les taux d’intérêt à long terme continuent de se tendre. Amorcé dès 2022, le mouvement de hausse des rendements obligataires reflète à la fois le resserrement monétaire des banques centrales face au risque inflationniste et les préoccupations plus structurelles liées à la trajectoire de l’endettement public et à la persistance des déficits budgétaires. Cette évolution se manifeste notamment par la progression des rendements réels et de la prime à terme exigée par les investisseurs.
Dans ce contexte, les mesures annoncées par le Trésor américain pour soutenir le yen tout en évitant une réduction des avoirs japonais en obligations américaines, ainsi que l’augmentation des opérations de rachat de dette à long terme, n’ont eu qu’un impact limité sur les marchés obligataires. Seul un ajustement budgétaire crédible permettant d’infléchir durablement la trajectoire des déficits serait susceptible de modifier la perception des investisseurs. Pour ces raisons, nous restons prudents sur les obligations souveraines, en termes de pondération et de duration et nous favorisons le crédit.
Le dollar reste sous pression
Fait notable, le durcissement du discours de la Réserve fédérale ne s’est pas traduit par un renforcement durable du dollar. Malgré des différentiels de taux toujours favorables aux ÉtatsUnis, les inquiétudes croissantes autour de la soutenabilité de la dette fédérale et de l’augmentation continue des besoins de financement du Trésor continuent de peser sur la devise américaine. Cette érosion progressive de la confiance dans les actifs souverains américains bénéficie à l’or, qui poursuit sa hausse, ainsi qu’au bitcoin qui a augmenté de 25% en août. Le métal jaune profite à la fois de son statut de valeur refuge dans un environnement géopolitique tendu et de son rôle de couverture face aux risques liés à la dégradation des finances publiques et à une inflation potentiellement plus persistante. Au-delà de ces problématiques liées à l’endettement public, les fondamentaux économiques demeurent globalement solides. Aux États-Unis, les derniers chiffres de l’emploi confortent le scénario de reflation, tandis qu’en Europe, l’activité fait preuve d’une résilience supérieure aux attentes. La hausse des prix du gaz, alors que le continent doit reconstituer ses stocks avant l’hiver, demeure néanmoins un facteur de vulnérabilité.
Dans ce cadre, les bénéfices des entreprises continuent de progresser, la thématique de l’IA reste porteuse et la situation financière du secteur privé est globalement saine. Après la baisse durant le mois de juillet, les marchés actions ont rebondi, et les niveaux de valorisations ont légèrement baissé, notamment dans les pays émergents.

