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La Suisse en berne

L'Agefi, 6 juin 2017 - Espérons que l'Europe continue sur leur lancée et que le wagon suisse puisse s'y accrocher.

La croissance suisse pour le trimestre 2017 a été publiée en hausse de +0.3% et de +1.1% sur l'année. Alors, faut-il se féliciter de cette croissance au plus haut depuis trois trimestres ou alors constater que ce chiffre est inférieur aux attentes et se questionner pour la suite?

Une lecture plus poussée des chiffres du PIB révèle une consommation faible, qu'elle soit privée (+0.1%) ou gouvernementale (+0.4%). Souvent citées comme les premières victimes du franc fort, ce sont pourtant les exportations qui ont sauvé la mise de la croissance suisse lors du premier trimestre 2017 avec une hausse robuste de +3.9%. L'économie suisse va-t-elle pouvoir continuer à compter sur cette composante? Pas forcément. Le 2e trimestre a débuté sous de moins bons auspices avec des exportations en baisse de -2.5% au mois d'avril. Non seulement ce chiffre est faible mais le détail révèle que ce sont les industries importantes qui ont soit reculé (Machines et Electronique et Horlogerie) soit stagné (Produits chimiques et pharmaceutiques). La dépréciation du franc depuis la fin avril, en passant de 1.0650 à 1.0950 sera un soutien mais pourra-t-il compenser la faiblesse de la consommation?

Si le taux de chômage reste stable, certaines régions souffrent davantage ce qui, conjugué à une possible remontée de l'inflation, n'est pas très porteur pour la consommation des ménages. Le soutien pourrait donc provenir de la zone Euro en reprise conjoncturelle. La politique monétaire de la BNS et ses interventions sur le marché des changes continuent donc à être indispensables pour éviter une trop forte appréciation du franc qui pénaliserait les industries exportatrices. La taille du bilan flirte désormais avec les 700 milliards de francs, soit un niveau qui dépasse celui du PIB du pays. L'institut réaffirme régulièrement sa politique monétaire et l'absence de raisons d'en changer. M. Jordan a récemment déclaré: «le franc reste significativement surévalué, l'inflation est toujours très basse, la croissance est toujours relativement basse and les facteurs de production pas pleinement utilisés». Dans ces conditions, reste à espérer que nos voisins européens continuent sur leur lancée et que le wagon suisse puisse s'y accrocher.

Par Catherine Reichlin, Responsable Recherche Financière, Mirabaud & Cie. Paru dans L'Agefi le 6 juin 2017.

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