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La sortie du périph?

L'Agefi, 6 mars 2017 - MARCHÉ OBLIGATAIRE. Parmi les périphériques, l'Espagne offre la prime de rendement la plus basse contre l'Allemagne juste après l'Irlande.

L'Espagne essaie de se débarrasser de « l’étiquette périphérique » associée aux pays qui ont le plus souffert pendant la crise de la dette européenne souveraine. Les mesures précoces d’assainissement de son système bancaire ainsi qu’une série de réformes impopulaires ayant pour but de stimuler la compétitivité économique lui ont permis de regagner la confiance d’un nombre croissant d’investisseurs. Le marché a apprécié.

Les indices Bloomberg sur les obligations gouvernementales montrent en 2016 que l’Espagne (+4.20%) a largement surperformé l’Italie (+0.84%) et le Portugal (-2.65%). Parmi les périphériques, l'Espagne offre la prime de rendement la plus basse contre l’Allemagne juste après l’Irlande : le 10 ans Bonos traite à +139bp contre Bund, le BTP à +182bp, le PGB à +363bp et l’Irish Tsy à +66bp. Une fois le flou politique de 2016 passé, le marché s’est intéressé aux améliorations structurelles et aux fondamentaux encourageants, le tout soutenu par une forte croissance.

Le rééquilibrage économique a permis de transformer une activité jusque-là basée sur une bulle immobilière en une activité centrée sur les exportations, transition soutenue par la forte baisse des coûts unitaires de main-d'œuvre. La croissance espagnole s’est rapprochée de celle de l’Irlande tout en s’éloignant de celle de l’Italie. Avec une moyenne de 2.6% depuis 2014, elle survole celle de la plupart de ses principaux pairs européens.

Mais ne devient pas « core » qui veut. Si les inquiétudes du marché, sur l’Espagne elle-même, ont été apaisées grâce à la formation d’un gouvernement minoritaire de centre-droit, après deux élections non concluantes, par le Premier Ministre M. Rajoy, le pays n'est pas immunisé contre les incertitudes liées à la nouvelle administration Trump, au Brexit et à une année politique critique en Europe. Les récentes turbulences sur les marchés obligataires européens, en réaction aux élections françaises et à la crainte d’un éclatement de la zone Euro, montrent que les Bonos continuent de traiter comme les autres dettes périphériques. Cela reflète les doutes persistants des investisseurs quant à la solidité structurelle du pays. L'endettement a plus que triplé depuis 2007 et peut-être plus inquiétant encore, l'incapacité de la nation à maîtriser son déficit public malgré le contexte de forte croissance et de politique monétaire ultra accommodante de la BCE. Mieux que du « périphérique », mais pas encore du « core ». 

Grosse semaine sur le primaire, en particulier sur le dollar. En prévision de la probable hausse de taux de la FED en mars, les émetteurs ont été légion avec Disney, Chevron, American Express, BASF, Telefonica ou encore Johnson & Johnson.

Par Gianni Pugliese, Analyste Obligations, Mirabaud & Cie. Paru dans L'Agefi le 6 mars 2017. 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de Mirabaud au moment de sa publication. Ce document a un but informatif uniquement et ne représente en aucun cas une offre de conclure ou un conseil en investissement.  Le contenu de cette publication est susceptible d’être révisé en tout temps et ne saurait en aucun cas engager la responsabilité de Mirabaud.