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Les émergents lèvent des fonds en dollar et dans l'urgence

L'Agefi, 23 janvier 2017 - Environ 70% des nouvelles émissions (avant l'investiture de Trump) proviennent d'Amérique latine.

La baisse des coûts d'emprunt sur le marché de la dette émergente a été mise à profit par les émetteurs pour lever des fonds en dollar et en urgence avant l'entrée en fonction de M. Trump.

Les incertitudes au lendemain des élections américaines avaient provoqué une forte chute des volumes sur le marché primaire pendant les mois de novembre et décembre. Mais la tendance s'est inversée ces derniers jours et les gouvernements, ainsi que les entreprises des pays émergents, se précipitent pour émettre de la dette.

Environ 70% des nouvelles émissions proviennent d'Amérique latine: Argentine, Colombie et République Dominicaine, ainsi que l'opérateur de métro chilien Empresa de Transporte de Pasajeros Metro. Les autres régions sont aussi présentes avec la Turquie et le producteur russe d'aluminium United Co. Rusal.

Selon des spécialistes, de telles fenêtres d'opportunités seront peut-être limitées en raison de la hausse potentielle de la volatilité, surtout sur le plan politique, et de son impact négatif sur les rendements des émergents. L'incertitude demeure car il est difficile de savoir si M. Trump traduira ses paroles en actes et si oui, ce que cela impliquera pour ce marché.

L'opportunité actuelle de financement à meilleur marché fait suite à une hausse considérable des rendements émergents après la victoire de Donald Trump. La hausse des coûts d'emprunts avait alors poussé les gouvernements et les entreprises d'Amérique latine à retarder plus de 10 milliards de dollars de nouvelles émissions obligataires.

C'est pourquoi, quelques émetteurs, dont l'Argentine, ont préféré ne plus attendre. Ils n'ont pas souhaité prendre le risque, qu'une fois investi, le nouveau Président des Etats-Unis annonce une mesure de politique économique susceptible de déclencher une nouvelle vague de ventes massives des obligations émergentes.

Les spécialistes attribuent également l'avalanche de nouvelles émissions émergentes à l'accroissement d'une demande d'autant plus forte qu'elle n'avait pas pu s'exprimer pendant le quatrième trimestre de l'année dernière. Grâce à des niveaux de cash plus élevés, les investisseurs peuvent enfin accéder à des marchés obligataires émergents plus stables. Mais la crainte de l'effet «Trump» demeure le facteur majeur.

Le groupe Petrobras a été le premier en 2017. Le groupe a levé 4 milliards de dollars le 9 janvier, confirmant ensuite que la date d'entrée en fonction de M. Trump avait influencé la décision.

L'Argentine a émis deux tranches de 3,25 milliards de dollars et 3,75 milliards de dollars le 19 janvier, soit un jour avant l'investiture.

En tout, il semblerait que 17 émetteurs émergents aient recouru ou annoncé vouloir recourir au marché primaire avant l'investiture du nouveau président américain. A tort ou à raison?

Par Gianni Pugliese, Analyste Obligations, Mirabaud & Cie. Paru dans L'Agefi le 23 janvier 2017.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de Mirabaud au moment de sa publication. Ce document a un but informatif uniquement et ne représente en aucun cas une offre de conclure ou un conseil en investissement.  Le contenu de cette publication est susceptible d’être révisé en tout temps et ne saurait en aucun cas engager la responsabilité de Mirabaud.