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Le grand écart entre Gilt et Treasuries

L'Agefi, 6 juin 2016 - La différence de rendement entre les rendements UK et US se retrouve un plus haut.

La prime de rendement des bons du Trésor US au-dessus des Gilts atteint des sommets plus égalés depuis des années. L’écartement résulte des craintes de Brexit qui poussent les investisseurs à rechercher la sécurité dans les obligations du gouvernement britannique. Les bons du Trésor avec des maturités de 2 ans rapportent 51 points de base de plus que leurs homologues britanniques, ce qui constitue le plus grand écart observé en 16 ans. Dans la lignée, la prime de rendement des obligations américaines sur le segment 10 ans est de 46 pb, approchant ainsi un plus haut niveau depuis une dizaine d’années.

L’augmentation de l’écart reflète le point de vue des investisseurs sur les perspectives des deux économies. Selon M. Osborne, chancelier de l'Echiquier, 400’000 emplois pourraient être perdus si l’Angleterre devait quitter l'Union Européenne. Ce genre d’incertitude sur la croissance favorise la demande de Gilts des investisseurs qui misent sur des taux plus bas tout en optant pour la fuite vers la qualité. En contraste, Mme Yellen a indiqué que l'amélioration de l'économie américaine pourrait justifier le relèvement des taux dans les prochains mois. Le commentaire a produit son effet en entrainant la hausse des rendements des bons du Trésors à 2 ans, les plus sensibles aux changements des taux directeurs. Cela revient à dire que l’accentuation de l’écartement de rendement sur la partie courte des courbes US et UK est attribuable aux anticipations de hausse de taux de la Fed et/ou à une Banque d’Angleterre plus accommodante en cas de Brexit, avec tout ce que cela pourrait entrainer de négatif pour l'économie britannique.

Cela correspond aux vues du marché aujourd’hui et l’évolution de l’écart peut bien sûr encore varier plusieurs fois d’ici au 23 juin, date du vote. Il pourrait même se retourner en cas de Bremain. Enfin, l’effet Brexit est bel et bien visible sur les indices obligataires souverains calculés par Bloomberg. En effet, si les difficultés macro-économiques diffèrent d’un pays à l’autre, elles revêtent toutefois un caractère « global », comme en témoigne l’effort quasi coordonné des grandes Banques Centrales (à l’exception de la Fed bientôt) pour stimuler la croissance et l’inflation.

Dans un tel contexte, les indices des principaux pays développés sont tous dans le vert depuis le début de l’année. Pourtant, un indice est au-dessus de tous les autres : le UK Sovereign Bond Index avec une performance de 6.81%, contre 3.24% pour les Etats-Unis 4.21% pour l’Allemagne. Sur le front des nouvelles émissions cette semaine, le primaire a connu une légère accalmie avec la réunion de la BCE ce jeudi et les discussions sur le Brexit qui ont un certain retentissement. Mentionnons en EUR La Banque Postale, AIG, Thales ou encore RCI Banque. Sur le USD, quelques émetteurs sont venus comme Pfizer, Aetna, Mylan, Hyundai Heavy Indus ou Pernod Ricard.

Par Gianni Pugliese, Analyste Obligations, Mirabaud & Cie. Paru dans L'Agefi le 6 juin 2016.

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