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La ruée des pays du Golfe sur le marché primaire

L'Agefi, 30 mai 2016 - La diminution des revenus pétroliers depuis 2014 force certains gouvernements à se tourner vers les marchés financiers plutôt que de dilapider leurs réserves de change.

Pour son arrivée sur le marché des capitaux, l’Arabie Saoudite devra peut-être offrir des conditions plus généreuses que prévues pour attirer des investisseurs internationaux déjà sollicités par d’autres Etats du Golfe. Le Royaume est en queue de peloton puisqu’avec les 9 milliards de dollars levés par le Qatar cette semaine, la dette totale déjà émise par la région Moyen Orient & Afrique du Nord est supérieure à 29 milliards (Bloomberg). Pour digérer toutes ces obligations et en absorber d’autres, le marché pourrait décider de revoir ses exigences de prime de rendement à la hausse. D’autant plus que la diminution des revenus pétroliers depuis 2014 force certains gouvernements à se tourner vers les marchés financiers plutôt que de dilapider leurs réserves de change. Le Qatar, par exemple, mène des travaux d’infrastructures en vue d’accueillir le Mondial de football en 2022 avec des coûts évalués à 200 milliards. Le déficit budgétaire est estimé à 5.2% du PIB cette année. L’Emirat a emprunté en 3 tranches: 3.5 milliards à 5 ans avec une prime de 120 bps au-dessus du Trésor US, 3.5 milliards à 10 ans avec une prime de 150bps et 2 milliards à 30 ans avec une prime de 210 bps. Les 3 emprunts avaient été précédés par une vague de nouvelles émissions provenant d’autres émetteurs de la région du Golfe et totalisant environ 3 milliards: Noor Bank, DP World, Emirates Islamic Bank et Etihad Airways. La «jumbo» transaction du Qatar, dans des conditions macro difficiles, est encourageante pour les émetteurs de la région qui sont dans le pipeline, notamment l’Arabie Saoudite. Elle va clairement devoir attirer les investisseurs, leur offrir une prime de rendement au-dessus du Qatar pour compenser un déficit budgétaire 2016 estimé à 14% contre 5.2% pour le Qatar. Combien? Cela dépendra aussi de la taille de l’emprunt mais il est question de 20 à 25 bps pour que l’emprunt soit un succès. Sur le primaire, cette semaine aura connu une forte activité, en prévision d’une semaine prochaine raccourcie aux USA et au UK. En GBP justement, soulignons une émission de Ford à 6 ans pour un coupon de 2.727%. Du côté de l’EUR, le flux de nouvelles émissions s’est quelque peu assagi mais nous pouvons mentionner 3M, la Province de Manitoba, JCDecaux ou encore la Banque de Développement Chinoise.

Par Gianni Pugliese, Analyste Obligations, Mirabaud & Cie. Paru dans L'Agefi le 30 mai 2016.

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