Nos experts dans la presse

Les caisses de pensions peuvent-elles se passer de conviction?

Indices, avril 2016 - Incertitudes quant aux performances à venir et pressions des autorités tendent à faire de la réduction des coûts de gestion l'unique obsession des conseils de fondation.

Cette dérive est d'ailleurs encouragée par la montée en puissance de la gestion passive. Cependant la gestion de conviction n'a pas dit son dernier mot car c'est la seule qui  permet de concilier recherche de surperformance et réduction des risques.

Pour évaluer le degré de conviction d'une approche d'investissement deux chercheurs américains ont mis au point un instrument de mesure, l'«active share» qui peut se définir comme la somme des paris actifs d'un portefeuille par rapport à son indice de référence'. Ainsi plus la proportionde paris actifs s'approche de 100%, moins le portefeuille détient de titres similaires à ceux de  son indice et plus sa gestion peut être considéréecomme «active». Inversement l'«active share» tombera à zéro dans le cas d'une gestion totalement passive. Grâce à cet instrument de mesure, il devient donc relativement aisé de classer les gérants en fonction de leur degré d'indépendance vis-à-vis de leur indice de référence.

Et comme on pouvait s'y attendre, une récente recherche de Morningstar montre que les gérants aux «active shares»2 les plus élevées réalisent en moyenne de meilleures performances que les gérants les plus passifs. Inversément, les gérants aux «active shares» les plus basses ont été systématiquement ceux qui ont obtenu les plus mauvaises performances. Cependant, à l'instar de tout instrument de mesure, l'«active share» ses limites. Comme le soulignent les analystes de Morningstar: «l'efficacité de l'«active share» en tant qu'instrument de sélection dépend de la période considérée». Ce résultat n'a rien d'étonnant puisqu'en phase de forte hausse du marché, il est généralement préférable de coller à l'indice plutôt que de s'en écarter.

Quoiqu'il en soit, aucun indicateur, aussi sophistiqué soit-il, ne peut résumer toute une philosophie basée sur la conviction. Car, pour être efficace, celle-ci doit se décliner à travers toutes les étapes de l'acte de gestion. Si son but est clair, apporter une réelle valeur ajoutée aux investisseurs, les dispositions à mettre en oeuvre pour y parvenir sont multiples et l'agnosticisme vis-à-vis des indices de référence implique une interrogation constante et une vision à long terme.

Prenons l'exemple des marchés émergents, un produit passif basé sur l'indice MSCI vous exposera, que vous le souhaitiez ou non, à concurrence de près de 70% aux marchés suivants: Chine, Corée du Sud, Taïwan, Inde, Brésil et Afrique du Sud, alors que les titres favorisés par des gérants véritablement actifs se trouvent aujourd'hui pour une bonne partie dans d'autres pays en pleine croissance. D'un point de vue sectoriel, le constat est encore plus parlant puisqu'un ETF «classique» vous expose à concurrence de 20% à 30% dans des secteurs affichant actuellement une faible croissance potentielle (biens de consommation de base, télécommunications et services d'utilité publique).

Enfin, votre portefeuille sera largement exposé à de grandes capitalisations ayant largement épuisé leur potentiel de croissance, quand elles ne sont pas l'objet de scandales.  

Ici encore, la recherche de «perles rares», en phase  précoce de leur développement, suivies par un nombre limité d'analystes et faiblement pondérées au sein des indices de référence, offrira à l'actionnaire du produit actif un potentiel de performance logiquement supérieur. Nous retrouvons une bonne partie de ces caractéristiques plus près de nous, en Europe, marché qui recèle de «champions cachés», ces petites et moyennes entreprises focalisées sur des marchés de niche où la compétition est faible et qui sont capables de croître organiquement année après année en élaborant leurs processus de manière à être toujours plus efficientes. Elles ne seront que plus attractives si leur taille implique qu'elles ne sont suivies que par deux ou trois analystes (contre plus d'une vingtaine pour les grandes et très grandes capitalisations); le potentiel d'inefficience au niveau de leurs valorisations et l'absence de comportement moutonnier étant de précieuses garanties.

Intégrer un spécialiste de l'analyse de ce type de titres au sein d'équipes bénéficiant d'une culture très favorable à la gestion active permet d'offrir un portefeuille de valeurs de conviction dans un secteur niche  sur lequel peu de fonds sont déjà engagés. Les inefficiences de marché y sont donc importantes et les entreprises dans lesquelles le gérant investit sont solides et stables, leur activité étant généralement peu affectée par les événements d'ordre macro-économique et relativement épargnée par la compétition. Cela signifie qu'elles pourront dégager des rendements élevés et certainement moins volatils que ceux des grandes capitalisations. En d'autres termes, sur ces marchés en tout cas, une gestion active et de conviction permettra à l'investisseur de tabler sur des surperformances tout en réduisant la volatilité de ses rendements, ce qu'aucun indice ou ETF ne sera capable de lui offrir.


Par Pierre Lingjaerde, Responsable des relations institutionnelles, Mirabaud Asset Management (Suisse) SA. Paru dans Indices, un média édité par Agefi, société de l'Agence Economique et Financière à Genève, édition avril 2016.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de Mirabaud au moment de sa publication. Ce document a un but informatif uniquement et ne représente en aucun cas une offre de conclure ou un conseil en investissement.  Le contenu de cette publication est susceptible d’être révisé en tout temps et ne saurait en aucun cas engager la responsabilité de Mirabaud.