Corporate news
    Article3 min read

    Chocs conjoncturels et taux bas : les enjeux pour l’économie suisse

    Dans un contexte économique mondial toujours marqué par l'incertitude et des taux d'intérêt durablement bas, l'économie suisse doit s'adapter à un nouvel équilibre. Publié le 22 mai 2026 dans Le Temps, cet article analyse les défis majeurs auxquels la Suisse est confrontée. À travers les perspectives combinées de Marie Thibout et Laurent Neri, il contextualise les dynamiques des marchés obligataires, les perspectives d'inflation et le rôle central de la diversification dans l'élaboration de stratégies d'investissement robustes à long terme.

    Marie Thibout & Laurent Neri

    Economiste & Wealth Planner

    02 juin 2026
    Chocs conjoncturels et taux bas : les enjeux pour l’économie suisse

    Dans un environnement marqué par l’incertitude économique et des rendements obligataires durablement faibles, la diversification s’impose au sein des stratégies de prévoyance. Décryptage avec Marie Thibout, économiste et Laurent Neri, spécialiste en wealth planning chez Mirabaud, banque privée genevoise nouvellement implantée à Lausanne, dont ces enjeux d’investissement et de prévoyance sont au cœur de son savoir-faire.

    Le cessez-le-feu au Moyen-Orient a apporté un répit bienvenu, mais ne dissipe pas les incertitudes vis-à-vis de l’approvisionnement énergétique mondial. Les tensions géopolitiques continuent de peser. Dans ce contexte, la Suisse apparaît relativement résiliente. Son mix énergétique, moins dépendant du gaz que celui de ses voisins européens, atténue l’impact direct de la hausse des prix de l’énergie. Mais les effets indirects ne doivent pas être sous-estimés : appréciation du franc en tant que valeur refuge, ralentissement économique en Europe et pression accrue sur les exportations. Le scénario central reste celui d’une croissance modérée pour l’année 2026, mais les risques se sont intensifiés. Une combinaison de croissance faible et d’inflation persistante, autrement dit un environnement de type stagflationniste, ne peut être exclue. Si la résilience observée en début d’année est encourageante, une croissance inférieure à 1% demeure plausible en cas de tensions prolongées.

    Inflation maîtrisée, statu quo en vue pour la BNS

    Le retour des taux négatifs en Suisse semble désormais peu probable. La hausse des prix de l’énergie a ravivé les pressions inflationnistes, déjà perceptibles dans les indicateurs de confiance des entreprises et les données récentes. Pour autant, la situation reste sous contrôle. L’inflation demeure modérée et largement inférieure aux niveaux observés en 2022, notamment grâce à la force du franc. Dans ce contexte, la Banque nationale suisse conserve une marge de manœuvre et ne devrait pas précipiter un resserrement monétaire. L’évolution future dépendra avant tout de la dynamique énergétique.

    Marchés obligataires : un rendement durablement limité

    À l’échelle mondiale, la remontée des rendements depuis le début de l’année s’inscrit dans un environnement marqué par la volatilité, l’ajustement des anticipations d’inflation à la hausse et une communication plus prudente des banques centrales. En Suisse, ce mouvement est resté plus modéré que dans les principales économies développées. Les anticipations d’inflation y sont mieux ancrées et le contexte domestique plus stable. Le rendement du 10 ans de la Confédération se situe ainsi autour de 0.4%. En dépit de ce contexte de hausse des taux, les obligations domestiques continuent d’offrir des perspectives de rendement très modestes, insuffisantes pour couvrir l’inflation à long terme.

    Prévoyance : un impératif de diversification

    Cette contrainte de rendements modestes est particulièrement critique dans le contexte de la prévoyance professionnelle. Dans un environnement de taux durablement bas, les obligations suisses ne permettent plus, à elles seules, de garantir un rendement suffisant pour financer les prestations projetées à la retraite. Or, cette réalité financière s’inscrit dans un contexte plus large. Le vieillissement démographique modifie en profondeur l’équilibre des systèmes de retraite, exerçant une pression croissante sur les mécanismes publics et limitant leur capacité à couvrir le niveau de vie futur. Parallèlement, les outils traditionnels de planification fiscale et de prévoyance évoluent et se complexifient, réduisant les marges d’optimisation. La diversification s’impose dès lors comme un levier central. Actions, actifs réels et prévoyance privée et professionnelle deviennent indispensables pour générer du rendement et sécuriser les objectifs à long terme. Plus largement, la prévoyance ne peut plus être envisagée comme une démarche passive. Elle suppose désormais une approche globale, intégrant allocation d’actifs, fiscalité et horizon de vie. Dans cet environnement en mutation, la capacité à structurer des solutions diversifiées et adaptées constitue un facteur clé pour répondre aux enjeux patrimoniaux de long terme.

    Marie Thibout & Laurent Neri

    Economiste & Wealth Planner

    Related Insights

    Stay Informed

    Subscribe to our newsletter for the latest insights and market perspectives from our experts.